L'outcrossing: définition et mode d'emploi
Par Florence Walbaum, élevage
Alsciaukat, Août 2005.
Outcrossing en anglais
signifie « apport de sang extérieur » dans le contexte de l’élevage. Il
correspond donc de la part des éleveurs « outcross » à une démarche d’
enrichissement du patrimoine génétique de leurs chats, une gestion particulière
de leurs lignées, et une philosophie d’élevage fondée sur le long terme. Les
éleveurs outcross misent avant tout sur la santé et la vigueur de leurs reproducteurs, pour assurer la pérennité de la race du Maine Coon.
Pourquoi faire de l’outcrossing ?
Comme nous pouvons le lire en
détails dans l’article MCF sur la
Sélection Génétique, la race du Maine Coon telle que nous la
connaissons aujourd’hui a été bâtie essentiellement sur (seulement) 5 chats
ayant vécu dans les années 1960-70. Ils sont :
-
Andy katt of Heidi ho,
mâle (constitue environ 20% du pool génétique d’aujourd’hui)
-
Bridget Katt of Heidi Ho,
femelle (20% du pool génétique d’aujourd’hui)
-
Dauphin de France of Tati-Tan, mâle, (15% du pool génétique d’aujourd’hui)
-
Tatiana of Tati-Tan,
femelle (8% du pool génétique d’aujourd’hui)
-
Smokie Joe of Whittemore,
mâle, (7% du pool génétique d’aujourd’hui )
Ces 5 chats, surnommés les « top
5 » représentent 70 à 75% du patrimoine génétique des Maine Coons de lignées classiques.
Pourquoi ? Les éleveurs ont voulu créer un « look » particulier, et ont
travaillé en consanguinité plus ou moins rapprochée sur le long terme avec ces
top 5 et leurs descendants pour améliorer et fixer ce look tant recherché.
Cette race très travaillée est aujourd’hui au bord de l’asphyxie sur le plan
génétique. On a en effet fixé la beauté des traits extérieurs, mais on a aussi
considérablement appauvri le système immunitaire des chats, et fixé des tares
génétiques : maladies génétiques diverses, cancers précoces, faible résistance
aux maladies, infertilité des mâles et des femelles, etc… sont devenus des
problèmes de plus en plus fréquents. Il est donc nécessaire de rafraîchir le
patrimoine génétique de la race en apportant du sang extérieur totalement
différent. C’est le but de l’outcrossing.
Où
trouver du sang neuf ?
Les « véritables » Maine Coons
sont, à l’origine, des chats costauds à poils mi longs originaires du Maine, et
identifiés comme tels dans les années 1800. Pour en savoir plus sur les origines
des « shags » du Maine, vous pouvez lire cet article :
Les Maine Coons en 1903. Les Maine Coons font partie de la culture
des habitants du Maine, et tous peuvent raconter les histoires et anecdotes de
leurs « shags ». Les livres des origines de certains clubs des Etats-Unis sont
encore ouverts à cette race, et permettent à des éleveurs spécialisés de rentrer
dans les stud books des chats dont le phénotype (l’aspect,
le type) correspond au standard officiel du Maine Coon, originaires du Nord Est
des USA et qui bâtissent ainsi des nouvelles lignées.
(petite
parenthèse anecdotique : Andy Katt et Bridget Katt of Heidi Ho ont été trouvés
dans les rues d’une ville de Floride et leur mère avait les poils courts.
Dauphin et Tatiana de TatiTan ne viennent pas non plus du Maine, mais de New
York city !)
Un chat fondateur d’une nouvelle
lignée, rentré à titre initial dans les Livres des Origines, et dont les parents
sont inconnus, est appelé un Chat de Fondation, ou
F1.
Un chat F2, donc de 2eme
génération est un chat issu d’un F1 au moins d’un côté de son pedigree. Un de
ses parents est donc fondateur de lignée, et l’autre a soit un pedigree complet
(au moins quatre générations) soit un pedigree incomplet aussi (s’il est un F1,
ou F2, ou F3).
Un chat F2, F3, etc… peut être
de « nouvelles lignées » si son pourcentage de top 5 est nul ou très faible, ou
bien être un chat « outcross », c’est-à-dire issu d’un mélange de lignées
nouvelles et classiques. Il convient donc, face à un pedigree Fn, de ne pas
baser son jugement sur le nombre de générations après la fondation, mais sur la
façon dont est bâti ce pedigree, son pourcentage de top 5 et de clones, les
lignées utilisées, etc…
Pour apporter du sang neuf dans
son élevage on peut donc opter pour des nouvelles lignées
pures, ou pour des chats
outcross, dont le pourcentage de top 5 et de clones est considérablement
plus faible que la moyenne des chats de lignées classiques.
Comment démarrer un programme outcross :
Si on est débutant
L’idéal est bien sûr de démarrer
un élevage directement avec des chats outcross dont les lignées résultent d’un
mélange de nouvelles lignées et de lignées classiques. On a ainsi accès à des
chats dont le type est travaillé, et le patrimoine génétique plus sain.
Les chats outcross se
développent plus lentement et différemment des lignées classiques, dont le type
est plus ou moins fixé et la croissance rapide. Le travail de l’éleveur est donc
plus ardu et par conséquent valorisant. Il est nécessaire dans un programme d’outcrossing
de prendre le temps
de regarder et d’étudier ses chats, de les voir grandir, se
développer, pour bien assimiler leurs points forts et leurs points faibles afin
de prévoir les meilleurs mariages.
Pour bien faire, il faudrait
commencer avec
une
femelle outcross bien choisie. Après ses premières chaleurs, on lui
fait faire les dépistages
CMH,
PKD et éventuellement
dysplasie des hanches . On laisse passer les deuxièmes chaleurs, puis on lui
fait faire une saillie externe avec un mâle confirmé également outcross
que l’on aura pris soin de sélectionner pour ses qualités apparentes, et aussi
ce qu’il transmet à ses chatons, en fonction des points forts et des points
faibles de la femelle, afin qu’il les compense le mieux possible. On garde de ce
mariage la meilleure femelle, et le reste est placé « en compagnie ». L’année
d’après, on répète ce processus avec un mâle différent (éventuellement aussi
avec la femelle que l’on a gardée de la première portée). On se retrouve donc au
bout de 2-3 ans avec 3 ou 4 femelles apparentées les unes aux autres, que l’on a
vu naître et grandir, que l’on a pu étudier, que l’on a vu reproduire. On sait
donc aussi ce qu’elles peuvent transmettre. A ce stade on est donc dans
une situation optimum pour rechercher et choisir (enfin !) le meilleur mâle
reproducteur adapté à toutes nos femelles. L’intérêt économique de cette formule
n’est pas à négliger, car il permet de limiter l’investissement de départ qui
peut se montrer considérable pour ceux qui achètent 4 ou 5 reproducteurs en 1
an !
Évidemment, ceci est sans
compter les coups de cœurs, les hasards, les coups de chance, qui font que l’on
va dévier de ce type de programme. Mais il montre bien la philosophie de
l’élevage outcross basé sur la durée, la patience, et l’étude de ses
reproducteurs.
Il faut aussi noter qu’il est
très difficile de démarrer un tel programme, et qu’il est important de se faire
parrainer par un éleveur qui a l’expérience de l’outcrossing, connaît les
lignées, les éleveurs sérieux, les pièges à éviter. Un parrain ou une marraine
d’élevage (mentor en anglais) est une source formidable de conseils et de soutien. Il est courant
que les éleveurs outcross établis exigent l’aval d’un mentor pour accepter de
vendre un chaton d’élevage à un débutant. C’est une pratique peu courante en
France, mais très habituelle dans le reste de l’Europe et aux USA. Elle permet
aux débutants de ne pas réinventer la roue et répéter toujours les mêmes
erreurs…
Si on a déjà des
lignées traditionnelles
L’idéal est de « diluer » vos
pedigrees en utilisant des chats de nouvelles lignées pures ou presque pour
produire des chatons outcross. Vous pouvez procéder de diverses façons en
fonction du nombre et du sexe de vos reproducteurs. Par exemple,
si vous avez un mâle que vous pouvez mettre à la retraite, et quelques femelles
de lignées classiques, le plus simple est de chercher un mâle de nouvelles
lignées, et de garder des femelles issues des vôtres. Vous choisirez ce mâle
pour son pedigree essentiellement, et vous pouvez mettre son type au second plan
puisqu’il sera utilisé avec des femelles au type relativement fixé. Puis, vous
remplacerez plus tard le mâle de nouvelles lignées par un mâle outcross, pour
travailler avec les femelles outcross que vous aurez produites…
Comment sélectionner un chaton outcross :
On peut prendre en compte dans
l’ordre d’importance :
Voici un lien vers le
Maine Coon Heritage Site, qui, entre autres explications sur les
problèmes de la race du Maine Coon, présente une liste d’éleveurs outcross et de
nouvelles lignées
Outcross Cattery list.
Elle n’est pas complète,
mais c’est un bon point de départ. Etudiez les sites web, regardez les
reproducteurs, consultez les pages des anciennes portées pour vous faire l’œil.
Regardez les sites mis éventuellement en lien chez ces éleveurs.
Etudiez les pedigrees, notamment
ceux qui sont en lien vers la Database (voir
Pawpeds) et regardez les jusqu’à leur origine en remontant au maximum
les générations, jusqu’à la fondation (vous y verrez d’ailleurs les top 5 et les
clones).
Choisissez quelques éleveurs et
posez des questions. Faites des recoupements. Quand on vous propose un pedigree,
contactez en cherchant sur le web les éleveurs qui travaillent déjà avec cette
lignée, et renseignez vous auprès d’eux. Vous pouvez demander à voir les
dépistages de maladies génétiques des parents et autres ancêtres si possible.
Un bon éleveur vous fera sans
doute attendre plusieurs mois avant de pouvoir vous proposer la perle rare. Les
portées outcross étant relativement hétérogènes, seuls les meilleurs éléments
doivent être sélectionnés pour la reproduction. Un bon éleveur devrait vous
aider à choisir.
Mise en garde : comme
dans tout domaine, il y a des éleveurs sérieux et d’autres moins. Attention au
phénomène de mode…
On note ici toute l’importance
de travailler avec un mentor, de prendre conseil auprès des éleveurs
expérimentés qui feront leur possible pour aider.
Les
tests génétiques :
La plupart des éleveurs outcross
pratiquent systématiquement les dépistages des maladies CMH, PKD et parfois la
dysplasie, afin de ne garder que les lignées les plus saines en reproduction. Ce
n’est pas toujours le cas, par contre, des éleveurs dits « de fondation », ceux
qui sont spécialisés dans la recherche et la sélection des nouvelles lignées :
ces éleveurs se trouvent bien sûr exclusivement dans le Nord Est des USA, et
selon leur région, il leur est parfois impossible d’avoir accès à un vétérinaire
compétent dans les dépistages. Il est fortement recommandé, même si cela n’est
pas exigé dans le contrat de vente des chatons que vous choisissez, de faire sur
vos reproducteurs le suivi CMH, les tests PKD et éventuellement la recherche de
dysplasie. En tant que futur éleveur outcross, vous devenez aussi responsable de
la qualité du patrimoine génétique que vous mettez en reproduction. Les
nouvelles lignées ont un historique limité. Même si elles sont en théorie plus saines que les lignées classiques sur le plan génétique, elles ne
sont pas forcément exemptes de problèmes communs à tous les chats, et il est
important de détecter ceux que l’on peut avec les moyens dont nous disposons
actuellement. Vous trouverez beaucoup de renseignement sur ces sujets dans le
site
Pawpeds (certains articles sont traduits en français, il faut y
surfer en détail). C’est pourquoi nous conseillons aux débutants de commencer
avec des chats de nouvelles lignées au pedigree complet sur 4 générations au
moins, et disposant d’un historique santé satisfaisant. Il est risqué
d’introduire un F2 de nouvelles lignées pures, sur lequel on n’a pas de recul…
Pawpeds : le projet suédois.
Un outil essentiel dans votre
recherche sera la
Database. Mise au point par une éleveuse et juge suédoise : Ulrika
Olsson, cette gigantesque base de données en ligne permet d’étudier un pedigree
jusqu’à ses origines, de calculer le pourcentage des chats de fondation dans un
pedigree (les top 5 notamment), de faire des mariages fictifs pour rechercher
les meilleurs combinaisons, calculer la consanguinité proche et éloignée,
rechercher des lignées, voir des photos de chats, etc…. La Database est
maintenant intégrée dans un site web enrichi de divers articles sur l’élevage en
général, la race du Maine Coon en particulier, des dizaines de photos, les
programmes de dépistage, et présente aussi la possibilité d’envoyer les radios
des hanches de vos chats à un lecteur officiel suédois pour le dépistage de la
dysplasie. Beaucoup d’articles sont traduits en français, ainsi que le mode d’emploi de la
database :
Pour accéder à Pawpeds, cliquer
ICI.
Le
mode d’emploi en français
est :
ICI.
Pour accéder directement à la
Database, cliquez
ICI.
Le chapitre avec les
photos de dizaines de
Maine Coons présents dans nos pedigrees est
ICI.
Outcrossing et Podium :
Si beaucoup de chats de
nouvelles lignées ne peuvent aspirer aux spotlights des podiums en exposition,
ce n’est pas le cas des chats outcross, dont le type est bien travaillé. Quelle
joie quand votre chat montera sur le podium, et que votre travail sera
récompensé devant tous!
Mais attention : les expositions
font les modes, et les modes changent. Nous vous conseillons donc d’élever les
Maine coons que vous
aimez, le type qui vous plait, en tenant bien compte du standard (*), et pourquoi pas, de créer la mode
au lieu de la suivre !
* voici un lien vers le standard
TICA et CFA du Maine Coon
en image (version française en cours de traduction) :
Maine Coon Seminar (cliquer sur « Links to Standards » en attendant
la version Française)
Rédigé par: Florence Walbaum, Chatterie Alsciaukat
Publication: Jeudi 11 Aout 2005